1309-2009
700 ans de l’installation du premier Pape en Avignon.
Clément V (1305-1314)
portrait de Clément V par Henri Ségur
Palais des papes Avignon Bertrand De Got (1264-1314) fut élu le 5 juin 1305 alors qu’il était archevêque de Bordeaux. Il fut couronné le 14 novembre 1305 à Saint Just de Lyon. Il résidera tantôt à l’évêché, tantôt chez les Dominicains d’Avignon, à partir du 9 mars 1309. Gascon d'à peine 40 ans, c'est le premier pape français depuis Sylvestre II. Il monte sur le trône de Saint Pierre alors que l'Église traverse une grave crise politique.
Pourquoi cette installation des papes à Avignon ?
La crise débute le 8 septembre 1303 avec l'«attentat» d'Anagni : le pape
Boniface VIII, en délicatesse avec le roi de France Philippe IV le Bel, a une violente dispute avec le représentant de celui-ci, Guillaume de Nogaret. Sous le coup de l'émotion, il meurt quelques semaines après. Il est le dernier pape à avoir rêvé d'une suprématie du Saint-Siège sur les dynasties d'Occident.
Son successeur
Benoît XI est élu le 22 octobre 1303 dans une atmosphère détestable. Il annule la plupart des mesures de nature à vexer le puissant roi de France avant de mourir lui-même le 7 juillet 1304 d'une... indigestion de figues.
Le conclave se réunit donc à Pérouse pour une nouvelle élection. Pendant onze mois ont lieu de pénibles tractations entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti du défunt Boniface VIII, conduit par les Caetani.
On décide finalement de choisir le pape à l'extérieur du Sacré Collège des cardinaux et l'unanimité ou presque se fait sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent, resté neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII.
Bertrand de Got est né en Aquitaine, au sud de Bordeaux. Il a été évêque de Comminges puis, à seulement 29 ans, archevêque de Bordeaux. Quand son élection lui est confirmée, lors d'une tournée pastorale, il s'en réjouit modérément et prend tout son temps avant d'accepter la sentence et de choisir le nom de Clément V.
Le nouveau pape renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales et choisit en définitive de se faire couronner à Lyon, en terre française, le 1er novembre.
Clément V fait son possible pour se concilier les bonnes grâces du puissant Philippe le Bel mais repousse sa demande d'ouvrir le procès posthume de Boniface VIII. En 1307, il a un entretien avec le roi capétien où il est question en particulier du sort des Templiers. Philippe le Bel veut abattre cet ordre, influent et riche, de moines-chevaliers. C'est chose faite le vendredi 13 octobre 1307 sans que le pape ait pu s'y opposer.
Comme il n'est toujours pas en mesure de s'établir à Rome et veut suivre de près le procès des Templiers, Clément V décide en 1309 de s'établir «provisoirement» dans un couvent de dominicains en Avignon, sur des terres d'Empire qui lui sont cédées par le roi de Sicile, par ailleurs comte de Provence.
Même «provisoire», cet établissement aux limites du royaume de France traduit l'abaissement de la papauté depuis l'époque où Innocent III, un siècle plus tôt, prétendait soumettre les rois à son autorité.
Après la mort de Clément V le 20 avril 1314, ses successeurs demeureront en Avignon jusqu'en 1376 et au-delà.Le 17 janvier 1377, cédant aux prières de Sainte Catherine de Sienne et faisant fi des lamentations de son entourage, attaché au Palais des Papes et à son luxe, le pape
Grégoire XI, met fin à la «captivité d'Avignon» et réinstalle le Saint-Siège à Rome. La monarchie capétienne, affaiblie par la guerre de Cent Ans, n'est plus assez forte pour le retenir.
Après sa mort, le 27 mars 1378, le peuplel romain impose au conclave le choix d'un pape italien, l'archevêque de Bari, qui prend le nom
d'Urbain VI. Mais le nouveau souverain pontife se fait vite des ennemis par son tempérament brutal et imprévisible. Treize cardinaux français élisent en conséquence le 20 septembre 1378 leur propre pape, qui prend le nom de
Clément VII... et reprend le chemin d'Avignon. Ce Grand Schisme d'Occident, qui va perdurer jusqu'en 1417, va troubler l'Église mais faire le bonheur des Provençaux.
La présence du Saint-Siège pendant plus d'un siècle vaudra un rayonnement inattendu à cette enclave pontificale constituée de la cité d'Avignon et du Comtat Venaissin. De 5.000 ou 6.000 habitants au début du XIVe siècle, la population d'Avignon va s'élever jusqu'à 40.000 un demi-siècle plus tard (à la même époque, la principale ville d'Europe est Paris avec 300.000 habitants).
Sources diverses
La Palais des Papes en Avignon