Biographie de Fabrice Luchini
Préférant la rue à l'école, Fabrice Luchini se forge à l'adolescence en autodidacte, se plongeant sans relâche dans les oeuvres de Balzac, Flaubert ou Proust. Goût qu'il partage avec celui de la soul et de James Brown et qui ne l'empêchera pas, alors que sa mère le place comme apprenti coiffeur dans un salon de l'avenue Matignon, de dévorer la littérature et d'arpenter les pistes de danse. C'est là d'ailleurs que Philippe Labro le repère et lui offre, en 1969, son premier rôle dans 'Tout peut arriver'. Inscrit en parallèle aux cours de Jean-Laurent Cochet, il multiplie alors les apparitions cinématographiques, comme en 1979 dans 'Perceval le Gallois' avant de trouver, en 1990 avec 'La Discrète', un rôle grâce auquel il acquiert la bénédiction du public. Très présent aussi au théâtre où il peaufine son personnage de dandy précieux et excentrique, Luchini expose dès lors son talent ciselé en alternant des productions d'envergure, 'Tout ça... pour ça !' de Claude Lelouch et 'Beaumarchais, l'insolent' en tête, et films plus confidentiels comme 'L' Irrésolu' ou 'Rien sur Robert'. Récurrent chez Lelouch ou Benoît Jacquot, sa verve comique ne cesse de séduire au fil d'une filmographie qui s'enrichit en 2003 avec 'Le Coût de la vie', puis en 2006 avec 'Jean-Philippe'. L'année suivante, il revient à ses premiers amours des films d'époque et démontre une nouvelle fois dans 'Molière' toute l'étendue de son talent avant de retrouver Cédric Klapisch en 2008 dans 'Paris'. Anne Fontaine l'emploie comme pendant masculin à la débutante Louise Bourgoin en 2008 dans 'La Fille de Monaco'. Véritable homme de lettres, l'oeil pétillant face au savoir, Fabrice Luchini s'impose dans nos esprits à mesure que son intonation si brillante parvient à nos oreilles.
Je suis enchantée d'avoir pû enfin voir Fabrice Luchini sur scène....
Indispensable pour tous les amoureux de Fabrice Luchini et de sa verve légendaire, indispensable aussi pour ceux qui ne connaissent pas encore cet acteur incroyable ! Si vous le pouvez, allez le voir sur scène : réussir à tenir une salle en haleine avec des lectures de textes de Paul Valéry, Roland Barthes, Chrétien de Troyes relève d’un tour de force ou, tout simplement du génie ! Un spectacle incontournable..tout simplement...pour qui l'aime....
Fabrice Luchini est un vrai conteur... Vous avez peut-être vu déjà son spectacle sur Lafontaine, ou bien un autre, sur Céline. Il nous fait part de ses lectures préférées - Paul Valéry, donc, mais aussi Roland Barthes, Chrétien de Troyes, Arthur Rimbaud, un peu de Lafontaine, un peu de Molière, un peu d'Hugo... Je vois déjà des visages se décomposer: "La barbe!" Mais non, justement, car ces textes (parfois difficiles, j'en conviens, mais très beaux lorsqu'on en pénètre le sens) sont entrecoupés d'apartés les plus drôles qui soient, la signature de ces spectacles-rencontres que Luchini affectionne tant. Ces apartés sont des dialogues vrais - avec Hollande, Chirac, Johnny... ou imaginés - Sarkozy ("Combien de choses faut-il ignorer pour pouvoir agir..."), Ségolène ("Assieds-toi sur ma bite et causons" - ne vous effrayez pas, c'est du Genet!)... Mais aussi des histoires, des souvenirs, des caricatures (de jeunes de banlieue au "Maître Corbeau" en verlan, de l'accent pieds-noirs à Johnny...), et aussi beaucoup d'humour, de dialogues avec le public, très présent ce soir-là, y compris Robert.
Justement, qui est-il, ce Robert? Sans vouloir tout vous dévoiler (mais vous savez tout de même que Robert est le vrai prénom de Fabrice Luchini)... Robert est ce spectateur mâle mariée à ce que Luchini appelle une "culturelle" ou, mieux, une "guerrière": une femme qui a fait quatre expos dans la semaine, est abonnée à Télérama (ou les Inrocks, c'est selon) et qui a traîné son mari qui travaille à Levallois-Perret jusqu'au théâtre. Celui-ci, ahuri de voir tant de monde écouter du Chrétien de Troyes, compte les minutes et espère une petite récompense pour son effort... "Il y en a beaucoup, des Roberts... Mais on les aime! Ceux qui connaissent Roland Barthes sont acceptés, ceux qui ne le connaissent pas sont acceptés de même, c'est un spectacle citoyen!" Aussi, si vous avez un Robert sous le bras, n'hésitez pas à l'amener, il sera accueilli bras ouverts.
Quant à Luchini, que dire? Que sa diction (qui lui demande, depuis quarante ans, cinq heures de travail par jour), son intonation, son goût de la langue française son exemplaires, contagieux, qu'ils vous laissent bouche bée? Oui. Bien sûr, il faut aimer le personnage et savoir le prendre au second degré. Mais passé ce cap, on atteint la jouissance d'un auditeur comblé par la lumière d'un talent hors norme.
Le spectacle de F. Luchini... j'ai adoré ! C'est vrai qu'il y a des passages désopilants : la rencontre avec Barthes, la fable du mandarin interprétée par un jeune des banlieues, le récit de Perceval avec l'imitation d'Arielle Dombasle, etc, etc...Il y a aussi la réaction quand il entre pour la première fois dans l'appartement de Roland Barthes. "Que des bouquins de philo partout. Du Kant, Hegel. J'ai tout de suite compris qu'il était pas top branché meufs. Pas comme Genêt qui, lui, savait immédiatement mettre à l'aise les jeunes femmes qu'il invitait chez lui par un "Je vous en prie, Mademoiselle, asseyez-vous sur ma b... et causons" :-)
La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. (Paul Valéry, encore et toujours...)