Chagrin d'EcoleJ'ai découvert Pennac assez tardivement avec
Comme un roman, que j'avais beaucoup aimé. Puis la série des Malaussène très divertissante.
Chagrin d'Ecole, qui reçu le Prix Renaudot 2007 est un livre "de souvenirs et d''avenir".
De souvenirs car Daniel Pennac revient sur son enfance de cancre, d'enfant rêveur qui aurait tellement voulu réussir aussi bien que ses frères et qui ne se sentait pas à sa place à l'école. Petite ancecdote :la mère de l'auteur, très agée, regarde un film qui a pour sujet son fils Daniel (celui ci a près de 60 ans, est prof de lettres et auteur reconnu depuis pas mal de temps) et elle demande à l'un de ses ainés qui regarde avec elle : "Tu crois qu'il s'en sortira un jour?"
D'avenir, car Pennac nous parle de ses élèves difficiles, les cancres rencontrés au cours de sa carrière et à qui il a réussi à ouvrir une porte ... à les sortir de leur logique "no future".
Le ton du livre se rapproche bien plus de celui de Comme un roman, que de celui du cycle Malaussène.
Les chapitres sont courts, toujours centrés sur l'essentiel : découvrir le plaisir d'apprendre. Le ton est modéré, aucune diatribe contre les jeunes d'aujourd'hui, les banlieues (Pennac a souvent enseigné dans des établissements réputés difficiles), le peu de moyens mis à disposition par les gouvernements successifs, mais une apologie du prof qui aime son travail et qui entraine les élèves par son enthousiasme et son envie de partager avec eux ce qu'il a lui même appris.
Ce n'est sûrement pas mon Pennac préféré et parfois son petit slogan "il n'y a pas de cancres, juste des enseignants qui ne savent pas y faire" tape un peu sur les nerfs ... mais dans l'ensemble c'est une étude assez juste de l'école, de ses faiblesses et de ses possibilités...
Petit extrait :
- Je n'y arriverai jamais, m'sieur.
- Tu dis ?
- Je n'y arriverai jamais.
- Où veux-tu aller ?
- Nulle part. Je veux aller nulle part.
- Alors pourquoi as-tu peur de ne pas y arriver ?
- C'est pas ce que je veux dire !
- Qu'est ce que tu veux dire ?
- Que j'y ariverai jamais, c'est tout !
- Ecris-nous ça au tableau : Je n'y arriverai jamais.
Je ni arriverai jamais.
- Tu t'es trompé de n'y. Celui-ci est une conjonction négative, je t'expliquerai plus tard. Corrige. N'y, ici, s'écrit n apporstrophe y et arriver prend deux r.
Je n'y arriverai jamais.
- Bon qu'est ce que c'est que ce "y" d'après toi ?
- je sais pas.
- Qu'est ce qu'il veut dire ?
- Je sais pas.
- Eh bien il faut absolument qu'on trouve ce qu'il veut dire, parce que c'est lui qui te fait peur ce "y".
- j'ai pas peur !
- Tu n'as pas peur ?
- Non.
- Tu n'as pas peur de ne pas y arriver ?
- Non je m'en branle !
- Pardon ?
- Ca m'est égal, quoi, je m'en moque !
- Tu te moques de ne pas y arriver ?
- Je m'en moque c'est tout.
- Et ça, tu peux l'écrire au tableau ?
- Quoi, je m'en moque ?
- Oui.
Je mens moque.
- M apostrophe en. Là tu as écris le verbe mentir à la première personne du présent.
Je m'en moque.
- Bon, et ce "en" justement, qu'est ce que c'est ce "en"?
- ...
- Ce en qu'est ce que c'est ?
- Je sais pas moi. C'est tout ça.
- Tout ça quoi ?
- Tout ce qui me gonfle !
(dialogue entre un cancre et le professeur)