
Electre par William Blake
La plus célèbre des Électre est la fille d'Agamemnon et de Clytemnestre ; elle a été immortalisée par les poètes tragiques Euripide et Sophocle. Épargnée lors de l'assassinat d'Agamemnon par Clytemnestre et Égisthe, elle réussit à sauver son tout jeune frère Oreste, en le cachant sous sa robe. Elle l’emmena hors de la ville de Mycènes, et le mena en Phocide chez le roi Strophios, qui le fit élever avec son fils Pylade.
Selon une des versions, Electre avait été fiancée peu avant le meurtre avec Castor. Mais Égisthe, craignant qu'elle ne donnât naissance à un fils qui vengerait un jour son grand-père, la confia à un paysan mycénien, qui, dit-on, ne consomma pas le mariage. Électre vécut longtemps dans la pauvreté et la solitude. Mais un jour qu'elle était venue se recueillir sur la tombe de son père, Oreste vint auprès d'elle et se fit reconnaître. Ils décidèrent avec Pylade de tuer Clytemnestre et Égisthe. Oreste et Pylade se dirigèrent vers le palais et annoncèrent la fausse nouvelle qu'Oreste était mort. Ayant pu pénétrer dans le palais, à la faveur de la joyeuse émotion suscitée par cette nouvelle, ils tuèrent Clytemnestre et Égisthe. Mais Électre n'abandonna pas son frère sans cesse tourmenté par les Erinyes et elle le protégea de la colère de son peuple, qui lui reprochait son matricide.
Un jour parvint à Mycènes la nouvelle qu'Oreste et Pylade avaient été sacrifiés sur l'autel d'Artémis en Tauride. Aussitôt, Alétès, le fils d'Égisthe, monta sur le trône de Mycènes, et Électre alla consulter l'oracle pour en savoir davantage. Elle rencontra alors à Delphes Iphigénie, sa sœur (qu’elle pensait morte, sacrifiée par Agamemnon pour avoir des vents favorables avant le départ pour Troie), qui affirma qu'elle était la prêtresse qui avait immolé les deux hommes, dont Oreste, son frère. Électre, dans sa fureur, saisit un brandon et allait brûler les yeux de sa sœur quand Oreste apparut, et tous les trois purent retourner dans la joie à Mycènes. Oreste tua Alétès et épousa Hermione. Électre se maria avec Pylade et donna le jour à deux fils, Mιdon et Strophios.
Chez SophocleAdepte du « tout ou rien », inconsolable absolue, Électre vue par Sophocle est l'une des personnalités les plus fortes de tout le répertoire dramatique grec. On peut la comparer avec l'Antigone du même auteur dans la fermeté des convictions et le courage sans limite. Mais là où cette dernière agit dans le sens de l'amour, Électre, elle, tourne ses regards vers le « côté obscur », avec une seule finalité, une fixation même, qui tient de la pathologie : venger son père et se débarrasser de meurtriers impies doublés de tyrans odieux. Une autre différence notable avec Antigone, sa rage continuelle, ses éruptions verbales, voire sa morbidité, qui n'ont rien à voir avec le calme, la « force tranquille » de l'héroïne thébaine qui marche au supplice avec une fière résignation.
Toutefois, Électre a en commun avec Antigone la certitude d'être dans son bon droit, et elle n'éprouve visiblement aucun remords à réaliser avec Oreste son plan terrible, contrairement à l'Électre d'Euripide, un moment désarçonnée par l'horreur de son acte. Il est vrai que le meurtre d'Égisthe et de Clytemnestre ne semble pas avoir beaucoup choqué Sophocle, au point que sa tragédie exclut toute idée d'une vengeance divine, normalement consécutive à tout matricide. En effet, chez Eschyle et Euripide, les Érinyes, déesses de la vengeance, interviennent aussitôt l'assassinat perpétré. Dans les Euménides d'Eschyle, dernier volet de l'Orestie, Oreste devra procéder, non sans difficulté, à sa purification. De tout cela, nulle trace chez Sophocle, qui termine la pièce sur la fin de la malédiction des Atrides que ce meurtre, que l'on peut qualifier de légitime, a permise. La question d'une quelconque suite à donner à un acte si terrible, aussi lourd de conséquences dans la mentalité grecque, ne se pose même pas.
Chez Jean GiraudouxAgamemnon, le Roi des Rois, a sacrifié sa fille Iphigénie aux dieux. Son épouse, Clytemnestre, aidée de son amant, Egisthe, l'assassine à son retour de la guerre de Troie. Oreste, le fils, est banni. Reste Electre, la seconde fille. « Elle ne fait rien. Elle ne dit rien. Mais elle est là. » Aussi Egisthe veut-il la marier à un jardinier, pour détourner sur « la famille des Théocathoclès tout ce qui risque de jeter quelque jour un lustre fâcheux sur la famille des Atrides ». Mais Oreste revient et désormais Electre n'est plus que haine, assoiffée de justice et de vengeance, au mépris de la menace qui pèse sur le royaume des siens. Sur ce grand mythe de l'Antiquité, Jean Giraudoux a écrit sans doute sa meilleure pièce. Electre possède une grande force tragique sans jamais perdre cet esprit étincelant, cet humour qui ont fait de Jean Giraudoux l'un des plus grands écrivains du xxe siècle.
La tragédie d'Electre est le récit d'une vengeance qui s'accomplit au nom de la vérité. Oreste revient à Argos pour venger la mort de son père Agamemnon. Il y retrouve sa sœur Electre. Ensemble, ils causeront la perte de leur mère haïe Clytemnestre. Giraudoux réécrit le mythe grec pour en faire une pièce à mi-chemin entre tragédie et comédie, émaillée de personnages humbles (jardinier et mendiant).