Bonsoir toi,
J’aurais pu écrire ces mots en vers, mais je n’ai pas su. Trop de choses à dire et vite, pas le temps. De toute façon, quand tu les liras en rentrant ce soir, je serai loin. Je pars... Oui, comme ça, maintenant, sans prévenir. Ne fais pas cette tête, tu devais t’en douter…
Je ne peux plus rester, je n’y arrive plus. Tu es trop… compliquée, trop difficile d’approche. Je ne sais plus quoi faire, quoi dire, j’appréhende toujours tes réactions.
Nous aurions pu, nous aurions dû… quoi, je l’ignore, mais maintenant il est tard, trop tard. J’ai essayé, je te promets que j’ai essayé, tu ne l’as pas vu, ou pas voulu voir…
J’ai hésité longtemps, j’ai tenté de garder intact ce qui nous liait et donnait l’impression que nous formions un couple. Je ne peux pas continuer à faire semblant. L’air nous manque, à l’un comme à l’autre, cette vie à deux nous étouffe.
Et puis, j’ai hésité aussi parce que partir fait mal… Tu vas terriblement me manquer, ne plus te toucher, ne plus sentir ton parfum, ne plus entendre tes éclats de rire, tout ce qui fait que tu es toi... tout est si difficile à quitter. Je ne parle pas d’oublier, non, cela n’est même pas envisageable !
Je veux juste cesser de t’aimer… alors je m'en vais.
Ciao Bella...
Vide… L’appartement est vide, il s’est tiré, comme ça… Pourquoi ? Il n’avait pas le droit ! Et je fais quoi, maintenant ? Je suis encore plus vide que toutes ces pièces encore pleines de Lui...
Et cette lettre… ça veut dire quoi « trop compliquée, difficile d’approche » ? Je ne comprends rien. Ou plutôt si, je sais. J’aurais dû parler, plus souvent, dire les mots qu’il ne souhaitait pas entendre, ceux que j’ai tus par pudeur, par fierté, bêtement, pour éviter les conflits. Je ne lui ai jamais dit que je ne supportais pas que les autres femmes le regardent, que chaque fois j’avais l’impression d’être un félin prêt à bondir pour peu qu’elles lui sourient, combien ces regards pleins de sous-entendus faisaient mal… Ce n’était pas de la jalousie, non, juste un pincement au cœur. Il a cru quoi, que je ne l’aimais pas assez ? Que l’indifférence s’était installée, peut-être…
J’aurais dû dire… avec des mots plutôt que des gestes… Les mots, on les retient, les petits gestes du quotidien ne sont que des riens, des trucs sans importance, qu’on oublie vite, ils sont si naturels, transparents…
« Tu n’as pas voulu voir »… Si, j’ai vu, je savais… et ce n’était pas assez, je voulais davantage, mais tu ne pouvais pas deviner, pas facile… On se connaît en fait si peu… nous ne savons pas ce que sont les pensées de l’autre, ses sentiments…
Partir fait mal… oh oui, ça fait mal, tu n’imagines pas à quel point… là, dans ce cœur qui ne bat plus qu’à moitié, mal dans l’âme … Mal de toi, mal de vivre sans toi, sans tes livres qui traînent partout, sans le ronronnement de la télé et de ton ordinateur, l’un et l’autre toujours allumés… Mal de ne plus t’entendre râler pour des trucs que je trouve insignifiants… Suis-je donc une vraie peste, un monstre d’égoïsme qui ne vit que dans le but de voir satisfaits tous ses désirs ? Je ne crois pas… je ne sais plus, là…
Il va revenir… il faut qu’il revienne, il a bien dû oublier quelque chose… Je cherche, mais ne trouve rien, pas même son vieux briquet qu’il utilisait à l’époque où il fumait et qu’il avait laissé traîner dans un tiroir, en souvenir… même ça, il l’a emporté… Rien, plus rien… Bon sang, ça fait mal… J’oscille entre colère et chagrin… entre tout casser et pleurer... J’hésite entre crier et me laisser aller, là, sur ce tapis qui fut parfois témoin de notre soi-disant amour… Je suis déjà en manque…
Je suis… perdue…
Variation : Et si c'était elle qui était partie...
Partie. Elle est partie, comme ça, sans prévenir, je rentre et rien, plus rien que des placards vides. Elle n’est plus là… Pourquoi ? Elle aurait pu m’en parler, me dire, mais pas comme ça, ce soir… je rentre et plus rien, plus d’Elle… Plus d’Elle que quelques lignes, presque un poème… Elle résume notre vie sur une feuille de papier…
Quand serai-je capable
De ne plus me sentir coupable
De pouvoir respirer, de vouloir exister
Sans me plier à ta volonté ?
Tu renies mes envies, tu piétines mon cœur
J’ai erré dans tes nuits sans trouver le bonheur
Qui suis-je au fond, le sais-tu au moins?
Et que sont mes désirs, comparés aux tiens ?
Des petits riens, rien que des petits riens
Des trucs sans importance, simple peau de chagrin
Toute volonté annihilée je cesse de penser
Je propose, tu disposes, je renonce à t’aimer…
« Qui suis-je au fond » ? Mais… elle est Elle, ma vie, ma raison, l'amour… Sans elle, je ne suis rien, que le vide, une enveloppe, sans cœur, sans âme…
Ses désirs… je ne sais pas en fait, je ne me suis jamais posé la question. Un enfant peut-être ? Je ne suis même pas sûr… Une vie à deux différente ? Aucune idée…. Quel con ! Je ne pose jamais les bonnes questions… C’est tellement plus facile de ne pas chercher à savoir, de ne pas voir, cela m’arrange… Suis-je donc si égoïste ? Oui, peut-être, mais nous le sommes tous un peu, non ? Toutes ces questions me fatiguent…
C’est trop bête… Elle va revenir, il faut qu’elle revienne… Elle attend quoi ? Que je lui écrive ou lui chante que je l'aime ? Ridicule, elle le sait, le romantisme ne fait pas partie de ma vie, pas mon truc.
J’ai piétiné son cœur, dit-elle. Faux ! Je l’aime, Elle, rien qu’Elle… Alors quoi, bon sang, mais elle veut quoi ? Paumé, là, je suis complètement paumé…
Je vais l’appeler, je dois l'appeler. Mais… pour dire quoi ? Reviens ? Oui, "reviens" et c'est tout. Et puis, on change quoi ? Je fais quoi si je ne sais pas ? Dis-moi…
Prendre l’air, j’étouffe. La chercher, dehors, ailleurs, ici c’est vide, vide d’Elle, de ses pas, du bruit de ses talons sur le parquet… vide du bruit des portes de placards qui claquent, des tiroirs qu’elle ne sait pas pousser doucement… vide de ses mots, de sa voix, de son rire… Il y a longtemps qu’elle n’a pas ri, d’ailleurs…
Rien que des petits riens, des trucs sans importance… non, trop importants justement, j’aurais dû… il aurait fallu… mais il est tard, trop tard…
Rien vu venir…